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Parfois j'oublie

 

Assailli par des chimères indomptées,

Mon esprit tressaille et chavire.

 

Un son, un mot, un visage, une couleur,

De fugaces souvenirs profondément enfouis

Jaillissent de ma mémoire.

 

Des fils ténus se nouent et se dénouent.

Encore consciente, je glisse vers l’inexorable oubli.

 

De toutes parts, mes souvenirs fuient.

 

Te souviendras-tu de qui j’étais, si je ne suis plus.

 

 Contexte de création

Par cette œuvre, je souhaitais aborder avec douceur et respect la triste réalité des personnes affectées par la maladie d’Alzheimer. Dans ma réflexion sur la personne, le sujet s’est imposé de lui-même. Au fil de nos souvenirs, se tisse notre vie, et la préciosité de la mémoire contraste avec le drame de l’oubli.

Cette œuvre a également une histoire, qui va au-delà d’un simple hasard. Je travaillais discrètement depuis quelques semaines sur le sujet, lorsqu’une amie m’a fait parvenir une vidéo produite par la Société Alzheimer de Québec où une femme témoigne de son récent diagnostic. Elle avait été touchée du propos et désirais seulement le partager. Avec émotion, j’ai écouté et reconnu l’interlocutrice, une femme de mon âge, avec laquelle j’ai travaillé il y a plusieurs années. Qui plus est, cette femme porte des vêtements qui reprennent les teintes et coloris de mon œuvre. À ce moment, ma création en cours a pris un nouveau sens. Je l’ai associée à une personne particulière, laquelle représente toutes celles souffrant de cette terrible maladie.

L’œuvre se divise en deux « hémisphères cérébraux » À gauche, autour de têtes de flèche centrales, les motifs de dents de scie et de flammes, bien ordonnés, symbolisent le côté rationnel de la personne. L’hémisphère droit, siège de la fantaisie, présente des têtes de flèche centrales bordées de flammes et de chevrons. Ici, les fibres empruntent des chemins variés, composent et recomposent le motif. 

Les ajours sont ces moments ponctuels de perte de mémoire. D’abord brefs et isolés, les oublis deviennent de plus en plus nombreux, se multiplient et se prolongent. Parfois quelques souvenirs, symbolisés par des perles, favorisent la poursuite du parcours. Mais inexorablement, l’esprit se perd.

 

Enfin, à cette symbolique s’ajoute un second degré tout aussi important. C'est en travaillant sur une oeuvre liée à la mémoire que j'ai compris ce qui m'animait réellement dans le fléché. Pourquoi, avec patience, passion je travaille à actualiser un savoir-faire inscrit dans notre histoire et notre culture depuis la fin des années 1700. 

Je flèche par devoir de mémoire, par profond respect pour les artistes et artisans, femmes et hommes, qui on imaginé et créé un métier d’art exceptionnel. Le fléché ne doit pas sombrer dans l’oubli, il doit vivre dans une actualité renouvelée. 

   

Informations techniques

Parfois j'oublie, oeuvre fléchée 2018

67 cm x 120 cm

Motifs : doubles de têtes de flèche; flammes, dents de scie et chevrons

Fibres variées recomposées au rouet : laine Mérinos, alpaga, lin, soie, protéines de lait, coton, cachemire, mohair, soie de bambou, viscose, acrylique, nylon, polyester

Perles de verre parsemées par centaines sur de nombreux fils

Montage sur tige de plexiglass

Photographies : Yves Tessier